Poésie de langue française
Henriette Major (1933-2006)
A quoi ça sert, un poème?
A quoi ça sert, un poème?
Ça sert à jouer des mots
Comme on joue de la guitare,
De la flute ou du piano.
Ça sert à faire savoir
Qu'on est gai ou qu'on est triste,
Ou bien d'humeur fantaisiste.
Ça remplace quelques larmes,
Ça fait rire ou ça désarme.
Ça sert à parler de soi,Ou bien de n'importe quoi.
C'est un voyage intérieur,
Un moyen d'ouvrir son cœur.
À quoi ça sert, un poème?
Au fond, ça ne sert à rien,
Mais ça rend la vie plus belle,
Comme un tour de magicien,
Un sourire, un arc-en-ciel.
À quoi ça sert, un poème?
Ça sert à dire « Je t'aime ».
Henriette MAJOR
Paul Verlaine (1844-1896)
Marine
L’Océan sonore
Palpite sous l’oeil
De la lune en deuil
Et palpite encore,
Tandis qu’un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D’un long zigzag clair,
Et que chaque lame,
En bonds convulsifs,
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,
Et qu’au firmament,
Où l’ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.
Paul VERLAINE
Robert Desnos (1900-1945)
Le Tamanoir
Avez-vous vu le tamanoir ?
Ciel bleu, ciel gris, ciel blanc, ciel noir,
Avez-vous vu le tamanoir ?
Œil bleu, œil gris, œil blanc, œil noir.
Avez-vous vu le tamanoir ?
Vin bleu, vin gris, vin blanc, vin noir.
Je n’ai pas vu le tamanoir !
Il est rentré dans son manoir
Et puis avec son éteignoir
Il a coiffé tous les bougeoirs :
Il fait tout noir.
Robert DENOS
Maurice Carême (1900-1978)
Trois escargots
J’ai rencontré trois escargots
Qui s’en allaient cartable au dos
Et dans le pré trois limaçons
Qui disaient par coeur leur leçon.
Puis dans un champ, quatre lézards
Qui écrivaient un long devoir.
Où peut se trouver leur école ?
Au milieu des avoines folles ?
Et leur maître est-il ce corbeau
Que je vois dessiner là-haut
De belles lettres au tableau ?
Maurice CARÊME
Pierre Gamarra (1919-2009)
Mon cartable
Mon cartable a mille odeurs,
Mon cartable sent la pomme,
Le livre, l’encre, la gomme,
Et les crayons de couleurs.
Mon cartable sent l’orange,
Le bison et le nougat,
Il sent tout ce que l’on mange,
Et ce qu’on ne mange pas.
La figue, la mandarine,
Le papier d’argent ou d’or,
Et la coquille marine,
Les bateaux sortant du port.
Les cowboys et les noisettes,
La craie et le caramel,
Les confettis de la fête,
Les billes remplies de ciel.
Les longs cheveux de ma mère,
Et les joues de mon papa.
Les matins dans la lumière,
La rose et le chocolat.
Pierre GAMARRA
Marc ALYN (1937-2025)
Le papillon
Né au pays de la soie fine
Dans un cocon venu de Chine,
L'Orient est peint sur ses ailes.
Jaune ou bleu, vert ou vermeil,
Il vole, il va, il vit sa vie
A petits battements ravis.
Dans l'air doux, comme un éventail.
On le voit, on ne le voit plus,
Il est ici, il est là,
Ou bien c'est un nouveau venu
Son jumeau qui passe là−bas.
Ah ! Mettez au clou vos filets,
Jetez épingles et bouchons,
Laissez−le libre car il est
La poésie, le papillon !
Marc ALYN

